Rachat de SUN par IBM: et alors?

De rescentes rumeurs parlent d’un rachat de SUN Microsystems par IBM. Cette nouvelle peut paraître assez banale dans le contexte économique actuel, mais elle suscite beaucoup de questions dans le petit monde de l’informatique.

Le rachat de SUN par une autre compagnie n’est pas vraiment surprenant en soi: SUN engrange les déficits depuis plusieurs mois. Malgré de bonnes idées et de bonnes technologies, la société paie certaines hésitations, en perdant du terrain dans le domaine des serveurs. Beaucoup doutent des possibilités de redressement.

En lisant l’article, je me suis demandé quelles seraient les conséquences d’un tel rachat

  • sur le marché des serveurs,
  • d’un point de vue des processeurs,
  • vis-à-vis des logiciels gérés actuellement par SUN

Au départ, j’envisageais un réel bouleversement du monde informatique.

Les serveurs

Sur le marché des serveurs, je distingue deux catégories: Les serveurs basés sur la technologie Intel x86 (les Pentium et dérivés), et les autres.
Concernant la première catégorie, le rachat n’aura pas réellement d’impact. Les parts de marché de SUN dans ce créneau ne me semblent pas suffisantes pour créer un problème. D’autre part, le matériel de ce type est assez standardisé, et peut être assez facilement, remplacé par un autre.
Pour les serveurs basés sur Itanium, Sparc, PowerPC …, le monde serait désormais coupé en deux: d’un côté IBM, de l’autre HP. Est-ce vraiment bon pour la concurrence? Je ne suis pas sûre. Au niveau des prix, il y aura peut-être un gain, mais au niveau de l’innovation, avec deux acteurs seulement …
Tout dépend en fait de la contre-réaction des utilisateurs: soit ils adoptent ce nouveau monde bicéphale, soit ils laissent leurs chances à des plus petites intervenants pour justement sortir des contraintes qui seront imposées par les deux gros.
Il serait intéressant d’ailleurs, de suivre le comportement de ces « clients » en fonction de leur catégorie (PME, grand compte …).

Les processeurs

Du point de vue des technologies « processeur », là les choses deviennent plus critiques: jusqu’à la fin des années 1990, nous avions le choix entre diverses technologies: PA-RISC chez HP, Sparc chez Sun, PowerPC chez IBM, Alpha chez Digital (racheté par Compaq).
Depuis les choses ont beaucoup évolué: HP a choisi de se tourner vers Itanium (Intel), puis a racheté Compaq. Les processeurs PA-RISC et ALPHA ont donc disparu. Si IBM rachète SUN, il y a fort a parier que les technologies SPARC et CoolThread disparaîtront également.
Ne restera donc plus que les technologies Intel, Itanium et x86 d’un côté; et PowerPC de l’autre.
Même situation que dans le cas des serveurs alors? Pas tout à fait: Intel domine largement le marché des processeurs, et la tendance actuelle va d’ailleurs vers une généralisation des serveurs du type x86.

Les logiciels

Concernant les logiciels, le domaine est tellement vaste, qu’il serait difficile d’être exhaustif.

Côté système d’exploitation, nous perdrions certainement le système Solaris, qui pour moi est l’un des meilleurs Unix, même s’il lui manque quelques outils d’administration. Le fait que ce système existe en version Opensource pourrait peut-être le sauver (mais quelle chance a-t-il face à Linux?).

IBM et SUN sont des acteurs de poids sur le marché des logiciels libres, dans de nombreux projets. OpenOffice n’est pas menacé: ils sont partie prenante dans le développement de cette application, et l’offre bureautique d’IBM s’appuie justement sur OpenOffice.

Je ne pense pas que le rachat change quelque chose au niveau de Java. La situation de MySQL est moins claire: IBM dispose déjà d’un arsenal de base de données, mené par DB2. Je ne dis pas qu’IBM pourrait couler MySQL, mais il pourrait faire en sorte que ces fonctionnalités n’atteignent pas celles de son produit phare.

Les plateformes de développement Java pourraient également souffrir de la concurrence avec les produits soutenus par IBM.

D’un point de vue générale, je ne suis pas spécialement inquiet pour les logiciels les plus populaires. Il n’en va pas de même avec les applications moins répandues, comme Glassfish. Quelles soient libres ou pas, les applications soutenues massivement par SUN pourrait souffrir de ce rachat.

A noter d’ailleurs le gros avantages des applications libres sur les autres: elles pourront être reprises et/ou soutenues par d’autres entreprises/communautés. Celles qui sont restées « propriétaires » peuvent disparaître purement et simplement.

Conclusion

Si ces rumeurs sont fondées, il va certainement s’écouler encore beaucoup de temps avant que ce rachat soit réellement effectif. Il faut déjà qu’il y ait une officialisation, et il faut ensuite que les différentes commissions donnent leur accord.
Finalement, la principale conséquence de ce rachat pourrait être une plus grande « Intel-isation » du monde informatique. Même si ce phénomène est déjà en grande partie enclenché, ce rachat l’accentuerait largement, ce qui n’est pas bon, ni d’un point de vue concurrenciel, ni du point de vue technique.

4 thoughts on “Rachat de SUN par IBM: et alors?”

  1. Content de te lire de nouveau Anthony.
    Comme tu peux le constater j’utilise ZdMultilang …

    Concernant tes remarques, je suis d’accord. Tous les logiciels actuellement gérés par SUN et qui entrent directement en concurrence avec les logiciels d’IBM vont certainement avoir du mal a survivre. Encore une fois, nous pouvons constater l’avantage des logiciels libres, qui pourront etre repris.

  2. Pour MySQL je ne me fait pas de soucis particuliers, il resteras toujours la possibilite du fork communautaire. De plus l’ancien fondateur de MySQL a repris son boulot pour un autre moteur il me semble.

    Ce qui m’inquietes plus ce sont les suites logicielles qui concurrence directement IBM (iPlanet maintenant nomme JES, les suites de securite, d’IAM, etc…)

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