Photos numériques: le stockage

Le premier article de la série Gestion des photos numériques, porte donc sur le stockage. Pourquoi se poser cette question maintenant, alors que la plupart d’entre nous, ne s’en souciaient absolument pas avec l’argentique? Nous stockions simplement des centaines de négatifs dans une armoire sans prêter réellement attention de leur conservation.
Parce le numérique implique un plus grand nombre de risques: En argentique, nous n’avons, par exemple, aucun risque de défaillance technique, ni de vol. Les seuls vrais risques étaient l’incendie, ou l’inondation, qui sont heureusement très rares.

Préambule

Cet article se base principalement sur ma propre expérience de photographe. Je génère à peu près 80 Go de photos par an, dans les formats RAW et JPEG. Mon raisonnement se base donc sur ces quantités. Un professionnel générant plusieurs dizaines de Giga-octets par an, n’optera certainement pas pour les solutions que je propose.

Mon approche globale aujourd’hui se base sur deux niveaux de stockage:

  • Le stockage principal ou primaire me donne un accès immédiat à mes photos,
  • Le stockage secondaire est une sauvegarde du stockage primaire.

Je peux me « permettre » cette approche parce que mon stock de photos n’excède pas 80 Go.

Les contraintes

Le stockage doit répondre à deux contraintes principales: la sécurité, et la durée.

La sécurité: Les supports numériques ne sont jamais fiables à 100%. Comment s’assurer qu’une défaillance ou un incident ne provoquera aucune perte.
La Durée de vie: Les photos ont très souvent un contenu affectif fort, surtout s’il s’agit de sujets familiaux. Perdre les photos, revient à perdre le souvenir d’évènements, de périodes … Qui n’a pas rêver de montrer ses photos d’enfances à ses propres enfants ou petits-enfants? Nous parlons là, de périodes s’étalant sur plusieurs dizaines d’années, souvent incompatibles avec des technologies dont la durée de vie dépasse rarement 10 ans!

Dans le domaine professionnel, ces deux contraintes correspondent à deux activités différentes: la sauvegarde (backup) et l’archivage.

Heureusement aujourd’hui, nous n’avons plus à gérer les problèmes de capacités, ni de vitesse d’accès.

La sécurité

Dans une entreprise, lorsque nous parlons de risque, nous utilisons souvent des méthodes de type FMEA (Failure Mode & Effects Analysis). En français, cette méthode s’appelle AMDEC, pour Analyse des Modes de Défaillances, de leurs Effets et de leur Criticité. Il s’agit globalement d’identifier les risques et d’en mesurer les conséquences.

Si l’on applique « rapidement » ces techniques à notre problème, nous obtenons le tableau suivant:

Défaillance Effet Sévérité Fréquence Récupération possible?
Panne disque Photos perdues Elevée 3 ans Non (3)
Corruption du système de fichier (2) Photo inaccessible Moyenne 2 ans Oui
Problème électrique (1) Panne disque Elevée 1 an Non (3)
Vol Photos perdues Elevée Rare Rarement
Incendie / Inondation Photos perdues Elevée Rare Non
  1. Surtension, foudre, microcoupure
  2. Le disque fonctionne, mais les fichiers sont inaccessibles
  3. En fait Oui, mais le prix rend l’opération inaccessible pour un particulier

Cette « analyse » nous conduit aux solutions suivantes:

Défaillance Protection
Panne disque Raid 1 ou 5
Copie sur un autre disque
Corruption du système de fichier (2) Copie sur un autre disque
Problème électrique (1) Protection
Copie non branchée
Vol Stockage des supports à des endroits différents
Incendie / Inondation Stockage des supports à des endroits différents

Pour résumer:

  • Chaque photo doit être stockée 2 fois. Il nous faut donc une copie systématique des originaux,
  • Sur quelque chose protégé des anomalies électriques,
  • et éloigné du stockage principal.

La duplication est le seul et unique moyen de garantir la sécurité des photos. Les technologies RAID 1 ou RAID 5 protègent contre une panne matérielle d’un disque, mais pas des corruptions logicielles, ni des incidents électriques. La protection électrique ne doit justement pas être négligée: la partie la plus fragile d’un PC est le disque dur (dernière pièce mécanique), très sensible aux microcoupures ou aux surtensions. Si l’achat d’un onduleur est coûteux, la solution la plus simple est la moins chère reste de laisser le support (disque) débranché en dehors des utilisations.
Les autres incidents ne touchent pas directement le matériel, mais plutôt le local où il se trouve. Pour se protéger contre les incendies ou les dégâts des eau, il suffit de ne pas placer le stockage principal et les copies au même endroit. Cette remarque vaut également pour le risque de cambriolage ou de vol. Si votre disque externe ou vos DVDs sont à proximité de votre portable, il y a toute les chances qu’ils soient « embarqués » avec.

Durée

L’analyse est plus simple. La question principale est: Combien de temps serons-nous capables de relire les photos stockées?
La réponse dépend de trois facteurs:

  • Quelle est la durée de vie du support?
  • Quelle est la durée de vie de la technologie elle-même?
  • Le support pourra-t-il être relu avec d’autres outils ou technologies?

Dans ce domaine (la conservation), même les entreprises n’ont, aujourd’hui, pas trop de solutions. Les problèmes portent autant sur la durée de vie des supports que sur les moyens de lecture. Je considère que nous n’avons pas encore de réelle solution pour des conservations au delà de 10 ans, à moins d’avoir des infrastructures et des ressources dignes de l’INA (Institut Nationale de l’Audiovisuel).

Le support

Les principales possibilités sont:

  • Support optique: CD, DVD,
  • Support magnétique amovible,
  • Disque dur

Support optique: CD, DVD

Ces supports cumulent quasiment tous les défauts:

  • Nous le savons aujourd’hui, leur durée de vie est extrêmement réduite (quelques années),
  • Leur capacité est limitée,
  • Vendu au départ comme un standard évolutif, le DVD est déjà en voie d’obsolescence.

Il s’agit là d’une vrai déception, et je pense que la photo n’est pas le domaine le plus impacté: ceux qui font de la vidéo, doivent également se poser des questions sur la durée de conservation de leurs montages, dont la volumétrie est bien plus importante que celle des photos.
D’une part la durée de vie des CD/DVD gravés n’est que de quelques années, mais en plus, le support est extrêmement sensible et doit être manipulé avec précaution. Concrètement, il faut prévoir de « remplacer » ces supports tous les 2 à 3 ans pour être sûr de ne rien perdre!
Les capacités de 700 Mo pour les CD, et de 4 Go pour les DVD sont vite remplies surtout pour ceux qui veulent sauvegarder des photos en RAW. Il faut donc utiliser plusieurs supports pour une même session de sauvegarde (automatisation difficile).
L’arrivée de technologies comme BlueRay va vite rendre la technologie obsolète, et je ne suis pas sûr que nous sachions relire un DVD dans 10 ans.

Support magnétique amovible

Je distingue deux types de support dans cette catégorie: les disques amovibles, et les bandes.

Les bandes sont utilisées depuis très longtemps dans les entreprises. Elles sont fiables et robustes. Malheureusement, pour les particuliers, cette technologie est peu diffusée, coûte cher, et nécessite un matériel spécifique. En cas de panne ou de changement de technologie, le transfert des photos vers un nouveau support sera lourd. Les dernières technologies du type LTO ou SDLT sont carrément inaccessibles aux communs des mortels.

Les supports magnétiques amovibles existent également depuis longtemps. Grâce à des sociétés comme Iomega, et des technologies comme ZIP ou JAZZ, ces supports se sont démocratisés. Ils disposent d’avantages certains: une capacité plus importante que les supports optiques, une plus grande facilité d’utilisation, un coût intéressant par rapport aux disques durs. Ces disques ont cependant deux principaux inconvénients: ils sont plus fragiles qu’un disque dur classique, et leur technologie est le plus souvent « propriétaire », ils ne peuvent donc être relus que par des lecteurs bien spécifiques.

Disque dur

Les disques durs restent, à mon avis, la solution la plus simple pour effectuer une sauvegarde. Les capacités explosent et les coûts chutent. Les capacités de 1 To deviennent courantes, à des prix oscillant entre 0.2 et 0.3 Eur/Go. La technologie est « standard », ne nécessite pas de logiciels ou de drivers particuliers.

La durée de vie d’un disque dur est suffisante pour tenir 5 ans (s’il n’est pas allumé en permanence), et il est très facile de transférer les fichiers d’un disque à un autre.

La sauvegarde sur disque peut prendre plusieurs formes

  • Le stockage interne
  • Le stockage externe « attaché » (DAS pour Direct Attached Storage)
  • Le stockage externe en réseau (NAS pour Network Attached Storage)

Pour faire une sauvegarde, l’utilisation des disques internes est fortement déconseillée. Par contre, l’utilisation d’un Raid 1 ou d’un Raid 5 limite les pertes liées aux pannes matérielles. Ces techniques s’appliquent facilement pour le stockage principal ou primaire.

La duplication des photos nécessite donc un disque externe:

  • Un disque externe USB ou Firewire permet de faire une sauvegarde rapide, il peut être éloigné du PC ou du lieu de stockage principal, mais il nécessite quelques manipulations (brancher/débrancher …),
  • Les disques « réseau » ou NAS, sont les plus pratiques: ils offrent un espace de stockage disponible en permanence, disposent de sécurités de type RAID, mais sont vulnérables aux incidents électriques, d’autant qu’ils sont, en général, connectés au même réseau électrique que le PC (stockage primaire). Les taux de transferts sont également plus faibles qu’en USB ou Firewire.

Dans le cas d’un disque USB, l’idéal est de ne pas le laisser à proximité du PC, mais de le stocker dans une autre pièce (pourquoi pas chez un voisin, ami, ou votre lieu de travail).

Les NAS sont encore un peu onéreux surtout dans des configurations RAID 5 (3 ou 4 disques). Une solution moins coûteuse consiste à recycler un vieux PC: vous installez Linux, le logiciel SAMBA, et le tour est joué. Si ce PC ne dispose pas d’une capacité disque suffisante, une carte contrôleur RAID et deux disques constituent un investissement tout à fait raisonnable.

Autres choses?

Les offres de stockage en ligne étant de plus en plus abondantes, pourquoi ne pas envisager de les utiliser?
Nos photos ont une valeur, soit personnelle (photos familiales), soit financière (photos professionnelles). Les offres de stockage en ligne, pour les particuliers, n’offrent pas encore, selon moi, toutes les garanties nécessaires au stockage de ces valeurs, les questions sont encore trop nombreuses: Comment sont stockées les photos? Sont-elles sauvegardées? Comment elles sont protégées contre la consultation? Peuvent-elles être vendues ou utilisées par des tiers?
Les professionnels doivent certainement voir apparaître des solutions plus sérieuses mais forcement plus coûteuses.

Et le format?

Un des points importants dans le stockage long durée est la capacité de relecture. Jusqu’à présent, nous n’avons parlé que de support de stockage, mais il faut également traiter un autre aspect: le format.
En admettant que nous ayons trouvé un support capable de conserver nos photos pendant 50 ans, saurons-nous relire ces photos à cette échéance? Car il est clair que le JPEG aura disparu, et avec lui les logiciels pour le relire. Je ne parle même pas des formats RAW propriétaires.

Que penser des formats « trans-constructeurs » du type DNG? Personnellement je pense qu’ils ne changent rien au problème. Dans 50 ans, nous ne saurons pas mieux relire le DNG que le CR2.
Attention également à la logique de format « libre »: nous disposons des « spécifications » de ce type de format. Nous savons comment le fichier est structuré. Dans 50 ans, il nous « suffira » donc d’écrire le logiciel capable de lire ce format. Combien d’entre nous en seront capables? Les spécifications seront-elles toujours accessibles?

Cet aspect des choses montre que le photographe doit s’assurer en permanence qu’il a les moyens de relire ses photos. Il doit anticiper les changements de technologie, et devra régulièrement effectuer des transferts d’un support à un autre, ou des traductions d’un format à un autre.

Commencer par faire le tri

L’un des avantages du numérique par rapport à l’argentique, est que l’on peut prendre une multitude de photos, sans avoir peur de manquer de négatifs, ou pleurer devant les coûts de développement. Normalement, une fois à la maison, nous sommes sensés faire le tri, pour ne conserver que les clichés les plus pertinents. Le faisons-nous vraiment?
J’ai récemment saturé mon disque interne et j’envisageais son remplacement par un disque de plus forte capacité. Grâce à une analyse de mes photos depuis Janvier 2007, j’ai réussi, sans trop d’effort, à éliminer près de 50% de ma production, en résolvant en même temps mes problèmes de capacités.
Attention donc à la notion de capacités: Faire un tri régulier des photos vous conduira à une production réelle beaucoup plus raisonnable, et donc plus facilement gérable!

Conclusion

En fonction de ma « production » actuelle, j’ai cherché une solution qui soit la plus simple et la moins contraignante possible:

  • Stockage primaire: le disque interne de mon PC. Le jour où le disque ne suffira plus, je passerai certainement à un disque externe en Firewire, ou un NAS.
  • Stockage secondaire: un disque dur externe USB ou FireWire. Je fais une copie complète de mes photos une fois par semaine, ou juste après un évènement (mariage, retour de vacances …). En dehors des périodes de sauvegardes, le disque est stocké « en lieu sûr ».

Compte-tenu de ma production, et de la durée de vie des PCs et des disques durs, je serai tranquille entre 3 et 5 ans. A cette échéance, je n’aurai qu’à recopier ma base vers un nouveau support.

J’espère que ces quelques réflexions vous serons utiles.

Références

  • La solution de stockage et de partage d’images Koffeephoto en version 2.5.a – Virus Photo
  • Sauvegarde distribuée des photos –Déclencheur.com

Autres articles de cette série

  1. Photos numériques: Utilisation des métadonnées (28 octobre 2008)
  2. Photos numériques: convention de nommage (17 octobre 2008)
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  4. Photos numériques: Organisation des répertoires (5 octobre 2008)
  5. Evaluation et sélection des photos numériques (2 octobre 2008)
  6. Processus de gestion des photos numériques (nouvelle version) (28 septembre 2008)
  7. Processus de gestion des photos numériques (2 septembre 2008)
  8. Photos numériques: le stockage (15 août 2008)
  9. Gestion des photos numériques (10 août 2008)

2 thoughts on “Photos numériques: le stockage”

  1. Pourquoi pas? Pour un agrandissement 20 x 30, il est vrai qu’une photo de 8 millions de pixels suffit amplement, ce qui représente un fichier qui reste inférieur à 3 Méga-octets.

    Trois méthodes pour réduire une photo:

    Augmenter le taux de compression lors de la sauvegarde: mais dans ce cas, la perte de qualité risque de se voir, même sur une photo en 10 x 15 (effet fractal)
    Réduction de la taille de l’image avant archivage: mais là encore, il faut bien veiller à la perte de qualité induite.
    « Cropper / Recadrer » l’image avant archivage: mais il faut prévoir le cadrage nécessaire dès la prise de vue. Certains photographe le font: ils cadrent large lors de la prise de vue, pour ensuite choisir le meilleur cadrage lors de la post-production,

    Concrètement, seule la troisième solution ne génère pas de dégradation, mais elle impose des contraintes assez importantes au moment de la prise de vue. Les méthodes 1 et 2 peuvent notamment être catastrophiques dans certains cas: photos de feuillages par exemple.

    Conclusion, ces méthodes sont utilisables, mais nécessitent des vérifications.

    Une autre solution pourrait être d’utiliser les modes spéciaux des appareils: Canon propose par exemple de prendre des photos dans des résolutions inférieures à la résolution maximale. Mais je ne sais pas de ce que cela donne vraiment.

  2. Bonjour,

    Très intéressant votre article, j’ai personellement un passé très imbriqué avec l’informatique et eu des responsabilités semblbles aux votres.

    Dans ce domaine de stockage un point m’interpelle : les volumes engendrés par les augmentations de pixels engendrées par l’évolution des APN.
    On en est à des 8 millions !!!
    Prallèlement à celà une matrice d’écran de TV numérique est en HDTV de 1920 x 1080, soit généralement environ 300Ko.
    J’en viens à ma question : quel risque de réduire ces archivages à cette caractéristique ? Sauf à vouloir éditer des posters géants ou récupérer une partie de photo por la réagrandir à une taille éditable correcte.

    Cordialement.

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