Photo au flash: le flash déporté

Dans mon apprentissage de la photo au flash, j’ai considéré, jusqu’à présent, que le flash était fixé sur le boîtier. Avec le courant strobist, de plus en plus de sites parlent de flash déporté, et pas uniquement pour la photo de studio. Je me suis donc intéressé a cette technique, en essayant d’en comprendre les avantages, et les contraintes.

Pourquoi déporter le flash?

Essentiellement pour trois raisons:

  • Apporter du relief à un sujet (pour un portrait par exemple): avec le flash situé dans l’axe du boîtier, les photos obtenues sont souvent assez « plates ». En déplaçant, même légèrement le flash, des ombres apparaissent et donnent plus de caractère aux visages, ou plus de relief aux objets,
  • Gérer séparément les distances sujet-boîtier, et sujet-flash: il est parfois compliqué de concilier en même temps, nos contraintes de prises de vue, et les contraintes liées à l’utilisation du flash. Typiquement, séparer le flash et le boîtier permet d’éloigner le boîtier, sans que le sujet ne sorte de la portée du flash, ou utiliser de petites ouvertures, même si vous ne disposez pas d’un flash très puissant,
  • Garder un éclairage constant quelle que soit la position du boîtier: lorsque le flash est fixé sur le boîtier, l’éclairage change de direction, et même d’intensité, en fonction de la position du photographe, et de l’orientation du boîtier. Avec un flash déporté fixe, l’éclairage reste constant, quelle que soit la position et la distance au sujet, du boîtier.

Comment déporter le flash

Globalement, nous pouvons identifier quatre façons de faire du flash déporté: avec et sans fil, en mode manuel ou automatique.

Dans tous les cas, les règles de la photo au flash restent les mêmes, et s’appliquent de la même façon. Pour les réglages du flash, il ne faut simplement plus considérer la distance sujet-boîtier, mais uniquement la distance sujet-flash.

Avec un câble

Les câbles synchro PC

Ce type de câble est très utilisé dans les studios. Le principe est très simple: un câble relie le boîtier au flash, pour transmettre le signal de déclenchement au flash (signal émis par le contacteur central du boîtier).

Cable synchro

Avantages

  • Faible coût,
  • Longueur importante (quelques mètres),
  • Normalisé: pas ou peu de problème de compatibilité.

Inconvénients

  • Pas de gestion des automatismes,
  • Même long, il s’agit d’un câble auquel il faut veiller pendant nos mouvements,
  • Aujourd’hui, tous les flashes ne disposent pas d’un connecteur synchro (le Canon 430 EX en est dépourvu, par exemple),
  • Avec un câble, on ne gère qu’un seul flash, à moins d’ajouter des accessoires.
Déclencher plusieurs flashes avec un câble synchro

Avec l’arrivée des transmetteurs radio, ce câble tend à disparaître.

Les câbles TTL

Contrairement aux câbles synchro, les câbles TTL transmettent toutes les informations nécessaires aux automatismes. L’utilisation de ce type de câble ne change strictement rien au comportement du boîtier et/ou du flash, le câble déporte simplement le sabot flash du boîtier.

Câble TTL

Avantages

  • Nous conservons tous les automatismes TTL,
  • Même s’il est plus cher que le câble PC, son coût reste modeste pour une solution équivalente sans fil.

Inconvénients

  • A ma connaissance, la longueur de ces câbles reste assez modeste (de l’ordre du mètre),
  • Le câble est plus épais, moins souple que le câble synchro,
  • Avec un câble, on ne gère qu’un seul flash.

Ces câbles sont souvent utilisés avec une barrette, qui permet de déporter le flash sur le côté du boîtier:

Utilisation d'un câble TTL et d'une barrette

Sans câble

Globalement deux technologies sont utilisées pour commander un flash à distance:

  • Déclenchement par éclair,
  • Pilotage par ondes radio

Par rapport aux solutions basées sur des câbles, l’avantage de ces technologies est qu’elles savent gérer nativement plusieurs flashes.

Déclenchement par éclair

Le principe est très simple: nous disposons d’un boîtier avec un flash (interne, ou externe), et nous avons un ou plusieurs flashes installés à distance, et sur lesquels nous avons connecté une Cellule de déclenchement. Au moment du déclenchement l’éclair du flash relié au boîtier, est détectée par les modules, qui déclenchent les flashes auxquels ils sont attachés. Le décalage entre le déclenchement et les flashes distants est négligeable.

Déclencheur

La solution n’est pas très peu coûteuse (~ 15-20 Eur), mais ne permet pas d’utiliser les automatismes.

Avantages

  • Faible coût,
  • Simple à mettre en place,
  • La méthode permet d’utiliser des flashes de marques différentes,
  • Déclenchement de plusieurs flashes simultanément.

Inconvénients

  • Les distances possibles ne sont pas très élevées,
  • Les flashes doivent « voir » l’éclair du flash déclencheur,
  • Les fortes luminosités peuvent perturber le déclenchement,
  • Attention aux pré-éclairs envoyés par les automatismes TTL,
  • La technique du déclenchement sur le second rideau est un peu plus délicate.

Les systèmes de déclenchement à distance des constructeurs

Canon, Nikon et les autres constructeurs proposent des systèmes de pilotage de flash à distance. Mais contrairement aux idées reçues, la transmission n’utilise pas les ondes infrarouge, mais simplement l’éclair du module de pilotage.

Le module de pilotage peut être :

  • Un émetteur spécifique, à monter sur le sabot flash,
  • Un flash (flash maître / esclave),
  • Le boîtier lui-même (avec le flash interne).

Le module envoie des éclairs, pour la mesure TTL, mais également pour piloter les flashes distants. Dans certains cas, ces éclairs ne se voient pas, parce qu’elles sont masquées par un filtre qui ne laisse passer que les IR (infrarouges).

Pour prendre un exemple, chez Canon,

  • L’émetteur est le ST-E2,
  • Le flash 580EX peut servir de flash maître pour piloter des flashes 580EX et/ou 430EX,
  • Le boîtier 7D peut directement piloter les flashes 580EX et 430EX (mais il est le seul chez Canon, alors que tous les boîtiers Nikon de cette gamme savent piloter les flashes Nikon).

Un émetteur, comme le ST-E2 n’est rien d’autre, en fait, qu’un mini-flash.

Avantages

  • Pas d’équipements ou d’accessoires à rajouter (sauf dans le cas du module),
  • Gère les automatismes,

Inconvénients

  • Les distances acceptées sont plus importantes qu’avec un câble, mais restent limitées,
  • Les flashes doivent être compatibles,
  • L’émetteur et les flashes doivent « se voir » .

Cette dernière remarque constitue la véritable contrainte de ce système. D’abord, en extérieur si la luminosité est importante, la transmission ne se fait pas correctement, ensuite il ne faut aucun obstacle entre l’émetteur et le récepteur. Cela peut paraître anodin, sauf lorsque l’on commence à utiliser des parapluies ou des softbox. Dans le montage suivant, le flash ne captera rien:

Flash monté avec une softbox

Pilotage radio

Le système se compose d’un émetteur à fixer sur le boîtier, et d’un récepteur à fixer au(x) flash(es). La communication entre les deux utilisent les ondes radio. L’avantage, par rapport aux cas précédents: les distances couvertes sont plus importantes, les ondes radio sont insensibles à l’intensité lumineuse ambiante, et l’émetteur peut piloter des flashes qu’il « voit pas » (insensibilité aux obstacles).

Deux grandes familles d’émetteur/récepteur, selon que les automatismes sont gérés, ou pas.
Globalement nous avons trois gammes: inabordable, abordable, tout à fait abordable (je sais, cette classification est assez arbitraire).

Commençons par le leader incontesté (donc inabordable), Pocket Wizard propose un ensemble très complet d’émetteurs et de récepteurs. Le prix est à la hauteur de la réputation de ces équipements, il faut compter un minimum de 220 Eur pour l’émetteur, et pour chaque récepteur.

Un kit PocketWizard

Dans une gamme toujours professionnelle, mais plus abordable, nous trouvons le système Elinchrom Skyport, avec un prix d’environ 110 Eur pour l’émetteur et chaque récepteur, ainsi que Alien Bee dont chaque boîtier coûte entre 60 et 70 $ USD.

Toutes ces solutions gèrent les automatismes, offrent un grand nombre de fonctionnalités (comme la gestion de groupe de flashes par exemple), avec une excellente fiabilité.

Au rayon « tout à fait abordable », nous avons de nombreuses solutions chinoises, en vente sur e-Bay notamment. Il faut quand même faire un peu attention: non seulement ces solutions risquent de ne pas fonctionner à tous les coûts, mais en plus, ils peuvent endommager vos équipements (boîtier ou flash).

Actuellement, une marque sort un peu du lot: Cactus (en vente sur Gadget Infinity). Le Cactus v4, offre pour 35 Eur, un récepteur, un émetteur, ainsi que divers câbles. Attention, ce système ne gère pas les automatismes TTL, il se contente de déclencher les flashes.

Personnellement, j’ai un émetteur, et deux récepteurs de ce type: La fabrication est un peu cheap, mais la fiabilité est plutôt bonne (très peu de déclenchements ratés). Les récepteurs fonctionnent très bien avec un 430EX, un peu moins bien avec le 580EX (déclenchements intempestifs).

Comment choisir?

Sur le papier, toutes ces techniques fonctionnent bien. Mais, dans la pratique:

  • Le câble synchro, même long, fait un peu « fil à la patte ». Il est de moins en moins utilisé,
  • Le câble TTL n’est réellement utilisé qu’avec des barrettes (bracket), en raison de sa faible longueur,
  • La cellule de déclenchement est une solution abordable et efficace, mais les distances sont limitées, et attention aux photos sous de fortes lumières,
  • Le principal intérêt des « systèmes constructeurs », réside dans son faible coût (lorsque l’émetteur est intégré au boîtier, ou que l’on dispose déjà d’un flash maître). Mais son domaine d’utilisation est quand même limité.
  • La transmission radio se développe beaucoup en ce moment, parce qu’elle gomme la plupart des défauts des autres méthodes. Par contre, le coût n’est pas négligeable.

Chaque technologie a son domaine d’utilisation « optimal »:

  • Le câble synchro est bien adapté aux installations de studio fixe, ou le matériel, le sujet et le photographe ne bougent pas trop,
  • Le câble TTL, associé à une barrette, est idéal pour la photographie de reportage,
  • Les cellules de déclenchement sont bien adaptées à de la photo en studio,
  • Le « système constructeur », s’il est intégré aux boîtiers ou au flash maître, est une solution immédiatement accessible. Je le vois un peu comme une solution de dépannage,
  • La transmission radio peut être utilisée à peu près dans tous les cas, de façon plus ou moins confortable, en fonction de ce qui est géré ou pas.

Cette dernière remarque est pour moi, la plus importante: le choix d’une solution doit se faire principalement sur le confort qu’elle procure, par rapport à l’utilisation visée. Dans le confort, j’inclue la rapidité de mise en oeuvre, la souplesse d’utilisation, la fiabilité, la gestion des automatismes TTL …

Exemples: si l’objectif est d’utiliser les automatismes, en étant le plus mobile possible, avec une mise en place quasi immédiate (photo de reportage): la radio fonctionnera, mais sera trop chère par rapport à un simple câble TTL et une barrette. Si l’objectif est d’avoir un studio « portable », avec un ou deux flashes de reportage, avec softbox et/ou parapluie, alors le radio sera certainement plus adaptée.

Le choix d’une solution ne pourra donc se faire qu’en répondant d’abord a trois questions principales:

  • Manuel ou automatismes TTL?
  • Quelles conditions d’utilisation (studio, reportage, …)?
  • Avec quelles contraintes (mobilité demandée, extérieur, intérieur, montage/démontage fréquent…)?

Sachant que le choix ne doit pas forcement porter sur une méthode unique: nous pouvons, par exemple, mélanger une transmission par câble TTL pour le flash principal, avec des déclencheurs par éclair pour les flashes distants.

Personnellement, j’ai opté pour deux solutions:

  • Le câble TTL, que je garde toujours dans mon sac photo, et qui s’avère très efficace pour le fill-in « directif »,
  • Des transmetteurs radio Cactus v4, pour mes petits essais de « studio », sachant que je débute complètement dans ce domaine, et que mon objectif est d’apprendre, avec le matériel d’éclairage dont je dispose déjà.

J’ai également la possibilité d’utiliser un flash 580EX en maître pour piloter un 430EX en esclave, mais je me sers finalement très peu de cette solution.

Quelques commentaires sur les solutions constructeurs
Je tape un peu sur ces systèmes, parce que celui de Canon m’a beaucoup déçu. Je ne peux pas dire que cette technologie ne fonctionne pas, mais

  • Dans le pire des cas, si nous bougeons, nous ne savons finalement jamais, si le flash va se déclencher ou pas,
  • Dans le meilleur des cas, nous devons restreindre nos mouvements à des zones ou les flashes distants voient le boîtier, ce qui n’est pas forcement agréable (surtout avec des accessoires comme des parapluies).

J’ai fait quelques essais récemment, suite à la lecture d’un article sur PlanetNeil. Cet article décrit la façon d’utiliser un flash d’appoint, en mode manuel, pour compenser la faiblesse d’un éclairage intérieur.
En plaçant mon 430EX (en mode esclave / manuel, tête dirigée vers le plafond) dans un coin d’une pièce, et en utilisant mon 580EX, monté sur le boîtier, en mode TTL, j’ai obtenu des résultats intéressants qu’il faudra creuser.
Fin des commentaires

Mise en application

L’exemple est basé sur l’utilisation d’un câble TTL.
Situation initiale: un portrait avec un éclairage latéral (provenant d’une fenêtre). Un boîtier fixe sur trépied, mode manuel. Flash mode TTL, d’abord monté sur le boîtier, puis fixé au boîtier avec un câble TTL.

Comme vous pouvez le voir, le rendu est très différent en fonction de la position du flash, alors que le boîtier lui, reste fixe.

Conclusion

D’un point de vue purement technique, la photo avec un flash déporté n’est pas plus compliquée que la photo avec un flash attaché au boîtier. Les règles sont les mêmes, que l’on soit en manuel ou en automatique. Seul le paramètre de distance change.

En plus d’obtenir un meilleur éclairage, le ou les flashes distants apportent une certaine liberté de mouvements au photographe, à condition que les contraintes liées à la solution choisie, ne soient pas trop importantes.

Pour moi, la principale différence se situe au niveau de la mise en oeuvre, qui peut être plus ou moins lourde.

La seule solution réellement utilisable en photo de reportage est le câble TTL, avec ou sans barrette. Ces deux accessoires constituent un bon moyen pour apprendre à diriger la lumière en fonction de nos besoins. Pour aller au-delà, la mise en route est forcement un peu plus fastidieuse, ou moins spontanée. Si vous disposez d’un assistant, ou d’une personne acceptant de vous aider, un flash de reportage muni d’une softbox, et piloté par un transmetteur radio, est une solution  quasi-professionnelle, mais qui reste simple à gérer.
D’un point général, la transmission radio me semble fournir le meilleur compromis, mais une solution radio sérieuse représente un investissement certain.

Références

Autres articles de cette série

  1. Inverser la loi de carré inverse (2 décembre 2010)
  2. Photo au flash: 8 règles contre 1 schéma (30 juin 2010)
  3. Photo au flash: le flash déporté (18 juin 2010)
  4. Photo au flash: exposer pour la lumière ambiante (12 mai 2010)
  5. Flash: diffuser / réfléchir la lumière (2 mars 2010)
  6. Photo au flash: 8 principes fondamentaux (21 janvier 2010)
  7. Photo au flash: le matériel (22 septembre 2009)
  8. Photographie au flash (Introduction) (21 septembre 2009)

10 thoughts on “Photo au flash: le flash déporté”

  1. @tomt: très bonne remarque, je viens de me rendre compte que c’est la même chose sur le Speedlite 430EX II, donc ça devrait fonctionnement parfaitement avec 70D et une softbox 🙂

    Ceci dit, je me pose une autre question, le déclencheur de Canon fonctionne à partir du flash intégré. Mais il gère également les automatisme, et du coup je suppose qu’il doit bien y avoir une sorte de liaison radio pour transmettre les paramètres TTL?
    Dans ce cas, est il possible de combiner un simple déclencheur sans fil (moins cher) avec le système TTL intégré à mon 70D pour obtenir un système sans fil et TLL à moindre prix?

  2. A ma connaissance, les déclencheurs intégrés fonctionnent par transmission optique, avec plusieurs inconvénients: la distance maximum est limité, et il faut que l’émetteur et le flash se « voient ».
    Les déclencheurs achetés séparement utilisent, la plupart du temps, une transmission radio, donc sans les inconvénients cités précédemment.
    C’est le cas du ST-E3-RT de Canon (le ST-E2 utilise une liaison optique).

    Le prix peut paraitre eleve, mais il faut remarquer 2 choses:
    – D’abord, les déclencheurs a distance TTL, sont chers, d’une manière générale,
    – Ensuite, si vous etes equipe de Flashes Canon, vous n’avez pas besoin de « recepteurs » (ils sont integres au flash), le declencheur suffit. Alors que, avec d’autres marques de declencheurs, il faudrait autant de recepteurs que de flashes, ce qui fait tres vite monter la facture.

  3. Merci pour l’article. Petite précision svp, je me suis rendu dans une boutique et demandé une solution pour déclencher mes flashs déportés. Pour optimiser le TTL on m’a vendu un émetteur canon à prix d’or (presque 300€), au détour d’un tuto j’apprends que dans mes 2 boitiers (5DII & 7D) il y a un émetteur intégré.
    Quelle est la différence enre se qu’on m’a vendu et l’emeteur intégré? La vente n’était elle pas abusive puisqu’un conseil sur les options des boitiers m’aurait peut être suffi ?
    J’apl à votre sage expérience avant d’aller péter un câble au magasin…..merci

  4. Il existe des solutions câbles TTL avec des câbles reseau informatique RJ45, peu cher et de toutes les longueurs que l’on souhaite. Pixel a sortie ce genre d’article.

  5. « Cela peut paraître anodin, sauf lorsque l’on commence à utiliser des parapluies ou des softbox. Dans le montage suivant, le flash ne captera rien »

    Hum …
    c’est un faux argument
    sur le 580 EX II
    la tête pivote donc on peut orienter le récepteur du flash

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